Merci à CFO d'avoir posté cet excellent billet !
J'sais pas vous, mais moi, il commence à me faire sérieusement peur, l'autre hyper-agité des Carpathes...
Prenez l'affaire Arche de Noé, par exemple...
D'abord, vous avez là une bande d'allumés qui, convaincus de ce que les bienfaits de notre modèle de société ne peuvent faire que le bonheur de pauvres-petits-noirs-d'Afrique, se lancent dans un
coup tordu pour aller organiser au Tchad une sorte de colonie de vacances d'un genre extrêmement douteux...
Normalement, au vu du lieu choisi
(Tchad / Darfour) et de la lourde logistique impliquée dans ledit coup tordu, on aurait pu légitimement s'attendre à ce que cette affaire soit étouffée dans l'oeuf.
L'une ou l'autre des administrations Françaises impliquées de près ou de loin dans cette logistique (et les autorisations évidentes qu'elle impliquait) aurait
évidemment du mettre le holà et renvoyer ces "Tintins au Congo" d'une autre époque à leurs chères études avant qu'ils aient même pu simplement tenter de passer à l'acte.
A noter que si l’on parle ici plutôt des administrations de notre beau pays, c'est évidemment parce qu'il est plutôt difficile de croire que les administrations
d'un pays dirigé par un super-démocrate-responsable-et-pas-du-tout-corrompu comme Idriss Deby auraient pu être quant à elles un tant soit peu efficaces en ce domaine...
Toujours est-il qu'apparemment, personne n'a rien vu...
Fin du premier acte.
Voici donc nos aventuriers lâchés dans la nature et qu’on laisse donc faire tranquillement leur marché…Mais si personne n’a rien vu en France, les évènements qui se sont succédé depuis, font qu’il est bien difficile de croire que notre nouvel ami Idriss Deby n’ait pas flairé
là, la super bonne affaire.
Après tout, notre HyperPrez ayant déjà fait ami-ami avec un autre grand démocrate devant l’éternel en la personne de son
voisin de palier, Guide de la Révolution de son état, il eut été idiot pour lui de ne pas en espérer au moins autant…D’autant qu’avec les rebelles à sa
frontière armés et financés par le Soudan voisin (d’ailleurs essentiellement des cousins avec qui il n’avait pas toujours été réglo-réglo dans le partage du butin…), le fait de pouvoir compter
sur les aéroplanes Français stationnés depuis toujours sur son petit bout de désert pouvait constituer un atout majeur dans ses éternelles parties de poker menteur en famille.
D’où le second acte.
Arrestation hautement médiatisée, agitation savamment orchestrée des foules locales avec des accusations aussi caricaturales que celles de pédophilie et de
trafics d’organes, incarcération musclée dans les geôles locales, et voilà notre Idriss Deby en possession d’une monnaie d’échange à valeur ajoutée d’autant plus élevée que les réactions des
autorités consulaires Françaises locales n’ont pas trouvé mieux que d’en rajouter elles-mêmes une bonne couche…
Quelles que puissent être les
raisons de condamner les faits, l’une des missions primaires d’un ambassadeur de France n’est-elle pas d’assurer autant que possible la protection de ses ressortissants dans son ressort ? Au lieu
de cela, ledit ambassadeur n’a pas eu de mots assez durs pour prononcer un condamnation publique à l’égard de ceux-là mêmes qu’il eut été impératif de considérer comme présumés innocents si
l’affaire s’était déroulé dans le cadre du droit Français.
Ajoutons à cela les surenchères verbales entendues de la bouche même d’un(e) membre du
gouvernement Français laissant entendre que les prévenus ne recevaient finalement là que ce qu’ils méritaient…
L’amateurisme
diplomatique porté à son plus haut niveau, en somme.
Il faut néanmoins croire que quelques professionnels ont tout de même fini par alerter l’Elysée que
la crédibilité de la diplomatie Française risquait tout de même de prendre un de plomb dans l’aile si elle ne se révélait pas capable de réagir de manière un peu plus conforme à ses principes
dans ce qu’il est difficile de ne pas qualifier comme une vulgaire prise d’otages de ressortissants Français (incluant aussi au passage divers autres Européens). Notons au surplus que cette prise
d’otages était le fait d’un gouvernement pourtant signataire d’accords de coopération militaire avec la France et dont la survie est liée depuis pas mal d’années à la présence des militaires
Français dans le pays.
On passe donc à l’acte trois.
Au vu de cette situation, et voyant sans doute là une éventuelle occasion de se faire un tout petit peu mousser au passage, voilà que notre HyperPrez se
paye un aller retour lui-même en personne sur place pour tenter de conforter sa réputation de Super-Libérator, après que ce soient pourtant ses propres services qui aient (au moins pour partie)
créé cette situation impossible.
Une situation d’ailleurs tellement impossible qu’il en est évidemment revenu à moitié bredouille, ayant été
obligé de laisser sur place la plus grande part des Français emprisonnés.
Résultat de ce coup de poker hautement hasardeux autant que largement
loupé : non seulement on renoue au vu et au su de tout le monde avec la plus belle tradition néo-colonialiste de la France-Afrique (en tentant de faire libérer par le seul fait du Prince des
gens incarcérés par la justice locale), mais en plus on grille d’un seul coup toutes les possibilités de négociations ultérieures qui auraient pu s’engager discrètement de chef d’Etat à chef
d’Etat…
Au final, et comme il y a heureusement quantité de vrais diplomates professionnels au Quai d’Orsay (malgré le profil particulièrement bas
adopté sur ce dossier par le principal locataire d’icelui), on finira tout de même par obtenir le rapatriement des ressortissants Français emprisonnés, à la condition que ceux-ci voient leur
peine (prononcée entre temps au terme d’un procès local particulièrement expéditif), convertie en une peine équivalente pour le droit Français.
Cette condition n’est néanmoins à l’évidence que la partie émergée d’un iceberg de compensations obtenues par le chef de l’Etat Tchadien, comme le montre clairement la suite des évènements,
malgré toutes les dénégations du Ministre de la défense tout récemment dépêché sur place pour lui assurer « un soutien sans faille ». Ce déplacement intervient en effet comme par
hasard après que l’armée Française ait puissamment aidé Idriss Deby à sauver son « trône » branlant face à une attaque des rebelles évoqués plus haut. Une intervention qui se trouve
d’ailleurs en complète contradiction avec la position précédemment exprimée par le chef de l’Etat Français…
Au final (et avant le prochain rebondissement…), on se perd forcément en conjectures sur ce qui a pu être à nouveau promis au chef de l’Etat Tchadien pour qu’il accepte finalement
d’examiner un recours en grâce visant les Français désormais incarcérés en France (on rappelle ici pour mémoire les accusations de pédophilie et de trafic d’organes proférées à l’aube de
l’affaire…On en a gracié pour moins que cela, en effet…).
On songe ici à une protection encore plus renforcée sous couvert de l’ONU,
et impliquant quelques uns de nos partenaires européens plus de force que de gré, peut-être ?
En résumé, et après l’épisode humiliant de la récente visite de Kadafi en France, on mesure là une nouvelle fois l’incroyable degré d’incompétence en matière diplomatique de celui dont le domaine réservé inclut notamment les relations extérieures de notre pays…
Et l’on ne peut que conseiller à nos ressortissants à l’étranger d’être désormais extrêmement prudents, au vu des précédents que constituent les épisodes Lybiens et Tchadiens en matière de gestion par la France des opérations de chantage par des gouvernements étrangers (sans oublier au passage les journalistes condamnés à mort, puis libérés par le Niger contre de grasses compensations financières consenties par AREVA).
CFO
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