LES LANGUES REGIONALES DANS LA CONSTITUTION...

Publié le par RS21

 

 

"Gravure de Tomi Ungerer, artiste réfractaire alsacien"


J’ai été Interpellée par le
vote de jeudi dernier de l’Assemblée Nationale, (à la quasi-unanimité), d’un amendement au projet de loi sur la réforme des institutions, visant à inscrire la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution. Alsacien, breton, catalan, corse, occitan, créole, béarnais, picard, flamand, basque... On compte en France environ 75 langues régionales en France.
J’avoue bien humblement, que n’ayant pas vraiment d’opinion tranchée sur la question, j’ai souhaité interroger mon ami alsacien Thomas RUDOLF. Je vous livre ici sa réponse in extenso :

« La Constitution est l'art de relier des gens qui ne se savent pas être ensemble » Thomas RUDOLF.

« La Constitution jacobine est une connerie. Autant nous réclamons à très haute voix la subsidiarité face aux Directives Européennes, autant la France veut rester l'égout cardinal en fonte de chez Pont-à-Mousson dont personne ne s'échappe, et même ceux que la République ne se donne pas la peine de comprendre ou de reconnaître une existence, qui est un apport substantiel à la pluralité du pays. La France qui n'a rien de généreux dans son polygone trop bien policé se prétend une et indivisible. L'Eglise catholique aussi. C'est comme la Loi Toubon sur la pureté de la langue française et c'est comme l'Académie française dont le rôle est de protéger la pureté de la langue. En France, comme ailleurs tout est beau, parce que tout est bâtard. Celui qui n'est pas ouvert se cache derrière une Loi ou en rajoute une couche dans la Constitution.
Inscrire ce trucs des langues dans la Constitution française c'est comme coller sur le cul d'un sidéen le post-it "je lutte pour la tolérance".
Et la France, dans son arrogance, a juste oublié que l'alsacien est une langue régionale française. Et cette langue a droit à la reconnaissance et en plus, elle est tout aussi peu latine et barbare comme que le breton, le flamand, le wallon, le welsh. D'ailleurs il y a un autre oubli majeur: le yiddish est fait à 60% d'alsacien (et non d'allemand). Là aussi, Christine, je dois être le seul sur la sphère et en France à la dire. Le yiddish est une langue riche et fabuleuse que tu parles dans le Bronx comme à Souffelweyersheim ou Breuschwickersheim ! Même le dico Word n'aime pas yiddish et dira juif-allemand. (Projet Babel) »

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fmds21 31/05/2008 09:47

Thomas que les langues régionales et en particulier l'alsacien soient une richesse personne ne conteste. Par contre ce qui est contestable est que cette chartre puisse accorder des droits spécifiques à une certaine catégorie de citoyens ce qui favorise le communautarisme, met en cause la République sans apporter une égalité à tous les locuteurs. La carence des français en langues étrangères ne provient pas forcément de l'absence des langues régionales. Je ne pense pas que les Corses ou les Bretons soient plus doués que les autres français de l'intérieur. Il me semble que dans ta démonstration ce qui apparait évident c'est qu'une langue régionale ne peut apporter un échange que si elle permet un échange avec d'autres pays ou régions si l'on considère l'UE. Le grec ancien, le latin sont indispensables pour atteindre un certain niveau de coulure mais ils ne permettent aucun échange. Par contre l’yddish et l'alsacien sont encore véhiculaires. Comme brigetoun j'aime beaucoup le français surtout lorsque je vais sur son blog. Alors accepter une chartre qui n'apporte rien à notre pays est un non sens. Alain

Thomas Rudolf 31/05/2008 08:37

Dans ma défense du parler et du vivre dialtectal, je veux y voir la source même de la dialectique.

Thomas Rudolf 31/05/2008 08:20

Il existe en ce moment en Moselle une exposition sur les barbares mais il a aussi eu récemment "Rome et les Barbares" L'inconscient collectif français est toujours et profondément à l'image de ce tableau intitulé: "Le sac de Rome par les barbares en 410". C'est cette vision de la France "une et indivisible", mais aussi et toujours "meurtrie et bafouée", qui a cette fois-ci de nouveau poussé le législateur français à mettre sur la Constitution cette couche-culotte de la Loi sur les Langues Régionales. Tant que la France se vit comme quelque chose d'agressé (alors que les 5 dernières grandes guerres française depuis 1870 démontrent tout le contraire), elle ne saura offrir et rayonner.


La France, cette Marianne de mauvaise vie, préfère faire croire qu'elle se couvre de sa parure de tolérance et de cohésion.Avec mes propos sur les parlers et les vivres dialectaux, je ne veux bien sûr pas y voir le retour chthonien du Sturm und Drang de Wagner et du IIIème Reich. Je veux juste montrer que ce qui se prend pour un creuset a en tête sa clef-de-voûte d'arrogance et ce n'est plus à vous, ici, de prouver que la centrifuge jacobine a fait des dégâts de sang parmi les siècles, oui la marianne de mauvaise vie. Je reste profondément convaincu que le jardin européen des particularités locales, régionales et dialectales est à prendre comme une chance de symbiose. La frilosité française est exemplaire pour lutter contre ceci, et malheureusement le NON du 29 mai était à 95% nourrit de ceci, et non pas de l'impossibilité de jouer du principe de subsidiarité contre des Directives Européennes (commerciales, toutes commerciales) et hégémoniaque.Même dans son (propre) jardin il faut rester à la croisée des chemins. Ce n'est pas veule ou lâche, c'est un devoir. Et un jardin n'a pas de grillage. La dissémination des pollens est une loi de la nature.

brigetoun 31/05/2008 06:29

se font même un plaisir de répondre en alsacien à une pauvre française du sud-est  - bon j'ai compris, décidé que c'était leur droit, et suis sortie du café en question pour en trouver un autre (sourire mais un rien crispé sur le moment)Sinon je crois en effet que cela ne change rien. Pas la seule modification en ce cas. Ce qui a amené Bernard Debré le défenseur de la constitution paternelle, sur une autre disposition en principe hautement décoiffante à dire "avec cet amendement c'est tellement anodin que je le voterai"Mais si le français est un OGM il est assez ancien et beau pour que je l'aime bien. D'autant que je suis le résultat d'un brassage s'étalant sur deux ou trois siècles 

Thomas Rudolf 30/05/2008 18:32


On peut aussi dire que
le français est aux parlers locaux ce que les OGM sont aux espèces variétales
habituelles.Le parler régional très répandu dans toute l'Alsace sauf
dans les 3 grandes villes de la décapole est aussi une nécessité économique pour
tous les travailleurs frontaliers qui oscillent quotidiennement dans le
Palatinat au Nord de Wissembourg, pour le Baden-Württemberg sur le Rive gauche,
et pour la Regio Basiliensis entre Mulhouse et le Jura alsacien. C'est aussi un
énorme atout pour les PME qui - comme vous le savez - sont très ouvertes sur la
Rive Gauche et la Rive Droite et donc pour les réseaux de soutraitance, mais
aussi pour les plombiers, les couvreurs zingueur, les paysagistes et
pépiniéristes, etc...
Je ne vous parle pas
des stations d'essence, des Lidl & Aldi, des salles de concerts et des
cinémas et des multiples activités des deux rives qui dépassent le secteur de la
saucisse et des chaussures Salamander.Car l'alsacien langue régionale
française, s'il est un allemand qui n'a plus évolué depuis le XVIème siècle est
tout de même très proche de l'alaman et du Schwizer Dütsch (Suisse allemand) et
di francique-rhénan.Donc le parler-dialectal n'est pas un folklore de
réserve sioux ou un communautarisme réactionnaire, mais un atout convergent des
peuples européens. Et je vous rappelle que l'Europe réelle d’après-guerre ne
commence pas avec la CECA en 1950 ou le discours de Schuman mais entre la ville
de Colmar pour l'Alsace (dernière ville de France à être libérée de l'Annexion
allemande – la France de l'Intérieur n'ayant été que occupée -, et pour l’Alsace
de l’Annexion allemande) et la vile de Fribourg-en-Brisgau du Wurtemberg. C’était une
association économique transfrontalière datant de 1947 regroupant les Chambres
de Commerce.

Mais tout parler dialectal est à entretenir, avec des fonds de
l'Etat et je comprendrai parfaitement qu'une TV régionale en dialecte soit
soutenue par les fonds de l'Etat. Car en Alsace, on ne se force pas, comme en
Bretagne avec le système scolaire Erwan à faire parler alsacien les mémés ou les
jeunes.

L'exemple belge est mauvais et correspond justement à cette
complexion que veut instaurer par la force la constitution comme je l'ai écrit
en réponse à Christine. Et que vous le veuillez ou non, l'Etat-Nation est une
morula qui a donné tout son jus. Au troisième millénaire la maïzena des peuples
(européen) se trouvera justement dans la volonté de ceux-ci de se savoir
ensemble, et justement pas à l'image de ce que les Commissionnaires bleus de
Bruxelles veulent faire de nous.

Excusez-moi, un frontalier a intégré au moins deux, voire trois
cultures. Et c'est très drôle car ile se fait à lui-même constamment des
traductions simultanées qui vous donnent des tournures qui n'existent ni en
français ni en allemand. Donc un parler dialectal, quel qu'il soit, est un
enrichissement car il offre au bavard stéréophonique (ta merde patrie, Hopla
Geis!) une double Weltanschaung, une double perception du monde qui est un trou
sémantique et conceptuel pour un français de l'intérieur plus il s'approche de
la francilianie. L'alsacon, en l'occurrence, n'est pas un produit schizophrène,
il ne se vit justement pas comme une chose une et indivisible. C'est bien sûr
une cécité de confort de prendre un frontalier pour quelqu'un qui passe encore à
l'ennemi, l'attraction jacobine fait toujours ses ravages dans la France dont le
nom, si vous l'aviez oublié provient directement d'un certain affranchissement
d'un certain roi fait prisonnier quelque part, en haut à gauche. Mais en France,
le pays de la langue irisée et gladiolée, un mot est justement prononcé en
scansion, pour qu'il dise exactement son contraire. Car une langue non objective
comme le français qui puise sa sauce dans le latin et le grec est une langue qui
fait semblant de dire, pour encore mieux cacher, au lieu de foncer directement
sur la cible avec le matériau simple fourni par son substrat linguistique
propre.

Donc "le parler français" est à prendre avec de très grosses
pincettes car il n'y a pas plus centrifugeur que cette langue qui se croit
encore et toujours issue du Siècle des plumières et encore plus gravement de la
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme dont la France a tout de même été
un des derniers pays européen à en signer la Charte, soit en 1981. Un
patoitophone est donc quelqu'un de riche, un francophone quelqu'un de très
pauvre. Ma médiocrité des français en langue étrangère est l'un des sommet du
ridicule de notre Nation qui brille, brille, brille. Hallo! Donc la France se
met à la truelle des couches sur sa Constitution, mais un jour la couche-culotte
sera pleine.

(Les
spuntzes que j'ai pu rencontrer dans des séminaires depuis 25 ans, finissent
toujours par me dire: "Thomas, der François Villon aus dem Elsass". Tu
kifes?)


Maintenant, la langue doit se
vivre, les forcenés de sa défense m'énervent. Mais c'est sûr, l'oc, l'oïl ou
d'autres sont des pièces gravées sur des cylindres de cire. Je suis même sûr
qu'au simple niveau d'un recensement, l'alsacien est la langue régionale de
france la plus parlée. Nous tenons énormément à ce "régionale de france" et nous
n'avons pas besoin de Constitution pour vivre notre vie duale. Elle est là, elle
se fait.


Autrement, vous savez que je ne
vis avec RzM 67 ma dimension des solidarités locales que si elles sont intégrées
dans la solidarité régionale et ensuite dans la solidarité globale.
Woui, l'Alsacien c'est
compliqué, vu du dehors. (j'en vois déjà plein, qui en reste à oradour et qui vont me reprocher les votes fn en alsace, mais que voulez-vous, le français ne refait pas)