VOTE DE RAISON !

Publié le par RS21

En avril 2007, ne serait-il pas tout de même temps de constater qu’il y a une certaine dose d’inconscience à continuer de croire que l’élection présidentielle peut offrir un réel débouché politique aux expressions minoritaires ?

La question d’aujourd’hui, et qui se pose avec une brûlante actualité à la veille de l’élection présidentielle, n’est en effet pas tant de se satisfaire ou non de nos actuelles institutions que de les analyser avec un minimum de lucidité. Et c’est précisément cette analyse qui devrait permettre au citoyen responsable qui sommeille en chacun d’entre nous à la fois de ne pas se tromper sur la question qui nous est réellement soumise, en même temps que de poser les bases d’un processus de réforme permettant une sortie par le haut de l’enlisement progressif de notre démocratie dans les sables d’une 5ème République en voie de décomposition avancée.
Si l’on veut bien éviter de tomber dans le piège de la cécité volontaire des aficionados des « champions » de chacun des camps en présence, comment ne pas constater en effet que cette campagne, qui fait d’ailleurs suite à celle du referendum sur le Traité « constitutionnel », révèle à nouveau les profonds clivages qui travaillent depuis longtemps la société française, alors même que le résultat de l’élection qui en est l’enjeu ne permettra nullement de le trancher de manière réellement démocratique.

Le débat de fond demeure en effet ouvert entre ceux qui considèrent que c’est l’émulation qu’entraîne le principe de compétition généralisée entre ses membres qui crée les conditions du progrès de la société, progrès dont le marché permettrait une répartition à la hauteur du mérite de chacun, et ceux qui considèrent que c’est la solidarité entre ses membres qui crée le ciment et la cohérence d’une société humaine en permettant à l’ensemble des ses participants d’y trouver leur place.
Tracé ainsi à grands traits, ce schéma est évidemment réducteur en ce sens qu’il évacue d’une part l’ensemble du spectre des opinions qui font un compromis entre ces 2 positions, mais aussi l’ensemble des options en matière de politiques sociétales qui, si elles sont pour partie liées à ce débat socioéconomique, ne le sont néanmoins pas entièrement.

Or, et que ce soit l’élection présidentielle ou les législatives qui la suivront, les règles de scrutin et les graves insuffisances en matière de représentativité de l’ensemble du corps électoral, qui sont toutes deux intimement liées aux institutions de la Vème République, font que parviendront finalement en position de pouvoir des représentants dont la légitimité sera de nouveau à coup sûr contestable [1]. D’une part par la faible base électorale que représenteront ceux qui ne les auront pas uniquement choisi par défaut, et d’autre part par le niveau pitoyable du marketing politique qui leur aura tenu lieu d’argumentaire pendant la période de campagne.

A l’appui de cette affirmation, il suffit de rappeler que le candidat le mieux placé à l’issue du 1er tour de la présidentielle va, comme en 2002, recueillir au mieux de l’ordre de 20 à 25 % des suffrages exprimés. Ce qui sera donc sensiblement moins qu‘un électeur sur 5 si l’on prend en compte tous ceux qui auront choisi d’aller ce jour là à la pêche.
De plus, il est facile d’anticiper qu’environ 40% de ces mêmes électeurs ne pourront se reconnaître dans aucun des partis politiques représentés au sein du futur parlement, électeurs sacrifiés sur l’autel de l’impérieuse stabilité des majorités gouvernementales, alors même que l’un des principaux objectifs de la Vème République était pourtant de s’affranchir de la tutelle des parti. Cherchez l’erreur…
Côté marketing, comment ne pas mesurer chaque jour l’insondable vacuité des catalogues à la Prévert proposés, au gré du vent des incessantes enquêtes d’opinion, comme de futures mesures gouvernementales par les principaux candidats ? Les promesses n’engagent en effet que ceux qui y croient, comme le leur a longuement enseigné le futur ex-locataire de l’Elysée qui a si bien mis cette théorie en pratique au cours de ses quelques 40 années de vie politique.

Quant aux « petits candidats » de la gauche de la gauche, qui ont si bien révélé au cours de cette campagne leur incapacité à s’affranchir d’un repliement sur la survie autonome de chacun de leurs appareils politiques, il est malheureusement plus qu’à craindre que leur participation incantatoire à une mascarade dont ils se font en l’occurrence une nouvelle fois les complices (fut-ce à leur corps défendant), ne soit finalement utilisée que comme un alibi au maintien d’un système institutionnel dont ils sont pourtant depuis longtemps les 1ères victimes.

La seule conclusion qui s’impose à l’issue d’un tel constat est à l’évidence que pour cause d’institutions défaillantes, aucun réel débouché politique ne sera disponible pour le vote d’une très grande majorité des électeurs qui se seront pourtant déplacés dans ce but au cours des toutes prochaines échéances électorales.

Partant de ce constat, il serait donc tentant d’en conclure qu’il est structurellement inutile qu’ils se déplacent, si nous n’étions pas face à 2 éléments conjoncturels qui impliquent au contraire une forte mobilisation.

Le 1er de ces éléments de conjoncture est constitué par la personnalité du candidat de l’UMP, par son parcours politique, et par les actes qui ont été les siens au cours de ses expériences ministérielles.
D’abord cette ambition personnelle démesurée qui autorise toutes les trahisons à l’intérieur même de son camp (notamment vis-à-vis des ses anciens mentors Pasqua et Chirac), et qui parle d’elle-même sur la fiabilité des engagements politiques que l’on peut attendre d’un tel personnage.
Ensuite, son incapacité à maîtriser les bases mêmes du fonctionnement de l’économie et dont témoignent à la fois son passage au Budget (qui correspond à la plus forte augmentation du déficit public au cours des 30 dernières années [2]), et son passage plus récent à l’Economie qui n’a laissé aucune trace significative (ce qu’il ne faut en l’occurrence sans doute pas regretter).
Enfin, sa constance à emboîter régulièrement le pas du FN en matière d’immigration et de sécurité publique, son soutien indéfectible aux forces de polices coupables de bavures, et ses propos provocateurs indignes d’un responsable public, ont (entre autres) durablement marqué son passage à l’Intérieur, avec les résultats désastreux qu’il est inutile de rappeler ici.
Ajoutons son apparente indifférence au passé judiciaire chargé et/ou engagé à l’extrême droite de nombre de ses 1ers lieutenants [3], la mise en coupe réglée du parti dont il a pris la tête à la faveur de la déliquescence finale des réseaux de la Chiraquie, ses penchants évidents pour une organisation communautariste de notre société, ainsi que sa récente revendication des origines génétiques de certains actes criminels, et le portrait sera presque complet d’un homme de droite dure, sans scrupules, et dont les tendances au populisme font courir un réel danger à notre démocratie.

Quand au 2nd élément de conjoncture à prendre en compte, c’est justement celui de la capacité à espérer pouvoir faire évoluer les institutions de notre République.
L’amplification des dérives antidémocratiques de la Vème République que constituerait le passage à un régime réellement présidentiel [4], régime qui fait chaque jour la preuve de son inefficience dans les pays où il est appliqué (hors les régimes totalitaires…) [5], constituerait à l’évidence, et pour longtemps, une grave régression de notre démocratie.
En l’occurrence, le statu quo, voire même les quelques timides avancées proposées par le projet du PS, sont de toutes façons préférables au risque qu’entraînerait une marche forcée vers ce régime présidentiel.
Est-ce d’ailleurs un hasard si la quasi-totalité de nos voisins et partenaires de l’U.E. ont mis en place au cours de leur histoire démocratique des institutions dont les clés de voûte sont le parlementarisme et l’exécutif primo ministériel qui lui est associé ?
Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour voir que c’est en effet la solution qui permet d’échapper au risque d’un exécutif trop fortement concentré dans les mains d’un président politiquement irresponsable pendant toute la durée de son mandat.

Au vu de la particulière gravité de ces éléments conjoncturels, et prenant en compte l’impasse rappelée plus haut que constitue la multiplication des candidatures sans débouché dans l'institution politique à la gauche de la gauche, force est donc de constater que la responsabilité de chacun se trouve aujourd’hui engagée dans le choix qu’il fera de s’autoriser ou non à courir le risque de la division, et ce, quelque soit la distance qui le sépare de celle qui est à ce jour la seule réellement en position de faire barrage au candidat de l’UMP, c'est-à-dire la candidate du PS.
Cette distance est en effet forcément moindre que celle qui le sépare du candidat de l’UMP (mais aussi de celui de l’UDF), et des conséquences dramatiques qu’aurait l’élection de ce dernier pour nos concitoyens, et notamment pour les plus en difficulté d’entre eux.

Face à cela, faire le constat amer que nos actuelles institutions nous contraignent aujourd’hui à ne faire qu’un choix par défaut ne peut être qu‘une raison de plus pour vouloir les changer.
Refuser ce constat, c’est sans doute prendre le risque d’en retarder encore l’échéance…

CFO (RS)


[1] souvenons nous en effet du hiatus entre gouvernement et parlement qui, en 2005, auraient approuvé le TCE à une écrasante majorité, en contradiction flagrante des résultats de la consultation populaire sur le même sujet…

[2] Voir courbe du déficit public depuis la fin des années 70 (on rappelle que le candidat de l’UMP était Ministre du Budget entre1993 et 1995...)
Rapport INSEE p 64 : http://www.insee.fr/fr/indicateur/cnat_annu/base_95/documentation/publications/ecofranc_2.pdf
Wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique_de_la_France#.C3.89volutions_r.C3.A9centes_et_futures

[3] : les Juppé, Carignon, Balkany, Novelli, Estrosi, Fillon, Devidjian, …
Si l’on aime se faire peur, voir la galerie de portraits proposée sur www.re-so.net : http://www.re-so.net/rubrique.php3?id_rubrique=133

[4] régime présidentiel explicitement prévu dans les programmes de l’UMP et de l’UDF…

[5] et hors les pays dont la structure fédérale permet de minimiser les risques de blocages institutionnels lorsque des contre pouvoirs effectifs empêchent toute tentation d’exercice d’un vrai pouvoir personnel (cas des USA, entre autres).

 

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enzo d'aviolo 19/04/2007 22:07

o:-)))

Thomas Rudolf 19/04/2007 08:12

"moi je" ne suis que Cimbré, pas décérébré

enzo d'aviolo 19/04/2007 08:11

Non Thomas, mais c'est entrer dans jeu politichien que la démocratie interne de RS n'a pas souhaité. Et ça, chez nous, ça se respecte.
En te positionnant tant, tu entres dans le jeu des identifiés que la politique adore pour mieux ensuite te balancer ses sondages décérébrant de masse pour qui tout choix politique n'est conditionné que par cela!

Thomas Rudolf 19/04/2007 03:47


C'est sûr le Ps s'est aliéné du vécu des français, il continue en boucle sa messe.
Il est évident, Enzo et le servant-de-messe Marsoupe et tellement d'autres, qu'il faille se répéter, car qui joue à ce jeu réducteur de dire que tout ce qui n'est pas Ps est d'extrême gauche? Les médias, Michel Arab, les socialistes, la droite dure et "molle", celle qui a voté le 14 juin 06 au Parlement Européen de Strasbourg l'annulation des NON français et hollandais.
 
Maintenant, depuis 2/3 semaines, la langue de bois, la pensée unique choie cette gauche en ne disant plus que, de manière condescendante car on a toujours besoin d'un petit crétin chez soi, "la gauche de la gauche", comme pour continuer à faire croire aux français que le Ps est à gauche.
Il est donc normal que l'on exige des Ségoliens et de la douairière de faire leur "autocritique" ou leur "coming-out", car ce discours ambiant (extrême gauche versus gauche de la gauche) par pensée, action, omission, psitacisme, matraquage, aliénation, confiscation est une attitude grave, une compromission universelle si de toute vos forces ou même si simplement de vos lèvres vous ne la critiquez pas. Qui ne la critique pas y adhère et RS doit rejeter de toutes ses forces. Ne pas critiquer cette attitude, c'est donner les pleins-pouvoirs à ceux qui l'ont et qui l'imposent. Voici donc pourquoi je ne serai jamais membre de votre kiwanis.
Donner une consigne de vote contre Ségolène, c'est commettre la Ligature et entrer dans le péché?

Marsipulami 19/04/2007 01:38

Enzo...
Vous voterez pour qui vous voudrez...mais je suis curieux de voir en quoi un vote pour un candidat d'extreme gauche à 1 à 2% pésera sur l'orientation de la gauche.
Je finis par me demander...à quoi servent tous ces candidats, à part bien sûr pour s'autofinancer..en fonction du nombre de voix/euros.
Tristement..comme le gars du PT, désigné par les troskistes..mais non-troskiste lui même (!), et qui maintenant nous parle de créer un nouveau parti...avec la dynamique enclanchée (si si c'est pas de la connerie...non mais sans blague, les sondages lui donnent 0,5% !).
ça reste quand même une sacré campagne...
Thomas..
Ne confisque pas..les votes des chomeurs, des défavorisés...qui sait pour qui ils voteront, et dans quel mesure....mais par principe, je me méfie de toutes ces "pensées" politiques basées sur l'adhésion de "classes" entières à tel ou tel choix, ça rappelle trop de mauvais souvenirs....parfois marxistes.
En passant sur un de nos marchés..j'ai entendu trop souvent les descendants de l'OCI,  ou tout du moins une branche exclue (selon eux mêmes..) réciter..leur bourrage de crane, comme un discours pré-enregistré sur un magnéto : "marre de la répression, des crimes contre les jeunes et des corps carbonisés, des baisses de salaires de 50% etc etc..." et d'essayer de placer leur magazine à 1 euro...
Cette forme de politique, ce concept est autant dans l'impasse car il n'écoute en rien le citoyen...celà est juste une pratique de confiscation du vécu des citoyens, une amplification et une propagande éhontée.
Jean